Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 17:04

 

CISJORDANIE Une nouvelle pétition d'artistes israéliens1 appelle au boycott du centre culturel de la colonie.

Ariel, ça grogne encore en Israël

Cosignéc par une vingtaine de personnalités du monde culture israélien, une nouvelle pétition appelle les acteurs el artistes à refuser de se produire c1.ans les colonies juives de Cisjordanie ü(,,:cupée. lllle initiative prise  avant l'ouverture officielle, aujourd'hui, cl 'un centre culturel à Ariel, l'une des plus importantes colonies israeliennes .dans la vallée du Jourdain.  Parmi les signataires figlU'cnt notamment David Gross man, l'un des écrivains les plus connus à l'cxterieur du pays. et l'actrice Hanna Ieron

Dans leur lettre, les artistes soulignent que  le «centre culturef d'Ariel a été construit dans un territoire occupé. A quelques kiJometres, seulement, de cette  colonie israelienne florissante et prospère se h'ouvt'nt des camps de réfugiés des Palestiniens \/iven[ dans des conditions de vie il1supportables et plivés des droits  humains les plus  élementaires. Ils n'ont non seulement pas droit à des spectacles et evénements culhlreLs. Inais certaim d'entre etu" n'ont même pas l'eau coultll1te. Ces deux l-ealites différentes sont le resultat d'une politiqued'apartheidH, ajuutent-ils. «11 estünportant de sm/oir qu'Ariel est ulle colonie illégale etqu 'y habiter est contraire au droit întemational et à la Convention de Genève, qu'Israël a signée», concluent les pétitiOlUlaires.Ala fin du mois d'août, plus de 150 lmiversitaires avaient déjà signé une pétition pour soutenir une cinquantaine d'artistes et dramaturges, membres dcs principales compagnies théâtrales du pays, qui avaient annoncé lew' refus l:alégorique de monter sur scène à Ariel.  

Une position radicale qui a été fermement critiquée par d'autres artistes et nombre de direcleurs de théâlre qui. en réponse. se sont dépêchés d'annoncer leur résolution de se produire en speclacle à Ariel, pétition ou pas. Le même désaccord étant ouvertemenl manifeste par la droite et les colons.

D'apl'èsAFP

 

Par fred
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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 10:41

 

Michaël Ghnassia, avocat au barreau de Paris.

Une campagne BDS – pour Boycott-Désinvestissement-Sanctions – tente de s'implanter en France contre l'Etat d'Israël, en incitant les Français à boycotter les personnes et les produits provenant de ce pays.

Initiée par des organisations ou des personnalités propalestiniennes, et soutenue par certains partis politiques, elle vise les citoyens israéliens (universitaires, chercheurs, sportifs, cinéastes, écrivains) et produits provenant des compagnies israéliennes (nouvelles technologies, fruits et légumes, couches et lingettes pour bébés, cosmétiques, livres, films, spectacles de danse et musicaux, œuvres d'art, médicaments…). Des listes de produits sont mêmes proposées, les organisateurs s'étant pour le moment abstenus de mettre en ligne des listes de noms.

Présentée comme une action citoyenne et non-violente, il s'agit en fait d'une provocation à la discrimination en raison de la nationalité, délit puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende par l'article 24, alinéa 8 de la loi du 29 juillet 1881. Si elle est suivie d'effets, les articles 225-1 et 225-2 2° du Code pénal prévoient des peines pouvant aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement. Plusieurs condamnations ont déjà été prononcées, notamment par la plus haute juridiction française dans un arrêt du 28 septembre 2004 (pourvoi n°03-87450), sur le même fondement que celui qui condamne la préférence nationale défendue par le Front national. Il n'y a donc rien d'étonnant, contrairement à ce que tente de faire croire certain (voir l'opinion de M. Etienne Tête publié sur LeMonde.fr le 26 février 2010), à ce que la Cour européenne des droits de l'homme confirme de telles décisions.

Mais au-delà d'une infraction pénale, le boycott promu par la campagne BDS est une hérésie morale. Il s'agit de réinstaurer au XXIe siècle une punition disparue depuis des millénaires dans nos sociétés  : la "punition collective". "On ne fera point mourir les pères pour les enfants, on ne fera point non plus mourir les enfants pour les pères, mais on fera mourir chacun pour son péché", disait déjà la Bible (Deutéronome, 24.16). La justice des hommes s'est construite sur ce principe de la responsabilité individuelle, qui est aujourd'hui un droit fondamental à valeur constitutionnel, consacré par la Déclaration des droits de l'homme et l'ensemble des conventions internationales. Or, ici, en prétendant combattre l'injustice par des moyens illégaux, en mettant au banc de l'humanité l'ensemble des citoyens d'un pays, les propalestiniens ne font qu'encourager la haine et la violence à leur égard.

Quant aux explications fournies pour tenter de justifier cette campagne, elles sont mensongères. La campagne BDS laisse croire que les produits boycottés proviendraient des "territoires palestiniens", ce qui est faux sauf à considérer que l'ensemble de l'Etat d'Israël est une colonie. En outre, elle prétend que le boycott ne viserait pas à "discriminer une population", "la société israélienne ni les individus qui la composent", tout en demandant un boycott généralisé des produits et des Israéliens, accusés sans distinction de cautionner "activement ou passivement, l'oppression de l'Etat d'Israël". Or, 20 % des Israéliens sont des Arabes d'origine palestinienne, musulmans ou chrétiens, qui seraient directement visés par ce boycott. Et, selon de récents sondages, 75 % des Israéliens soutiennent la tenue de négociations avec les Palestiniens, 47 % considèrent que le gel des implantations est important et trois Israéliens sur quatre estiment que la perpétuation de la situation actuelle, sans progrès politique en direction des Palestiniens, est une mauvaise chose pour Israël, autant d'opinions partagées par une majorité d'Israéliens, ce qui ne semble pas permettre de les épargner de la vindicte des boycotteurs. L'objet de cette campagne-propagande n'a finalement pour but que de réduire une nation, composée d'individus aux opinions et aux engagements aussi différents que ceux qui peuvent exister en France, en un unique ennemi désincarné et sans humanité : l'"Israélien" ou le " sioniste ". Aujourd'hui, selon la campagne BDS, les Israéliens ne méritent plus aucune considération en tant qu'individu car ils sont chacun d'eux l'incarnation du "colon raciste". Demain, ce seront les "sionistes" du monde entier qu'il faudra boycotter comme étant les complices des Israéliens. Et après-demain, à qui le tour ? Cette volonté de stigmatiser les individus est renforcée par une campagne de délégitimation de l'Etat d'Israël, notamment par le recours à des chronologies tronquées, des informations erronées et une dérive sémantique. Ainsi, les militants de la campagne BDS n'hésitent pas à s'autodésigner comme des "Justes" par référence aux "Justes parmi les nations" qui sauvèrent des juifs au péril de leur vie pendant la dernière guerre mondiale. Ils font référence aux "ordres iniques" de la ministre de la justice qui demandent des poursuites à leur encontre et illustrent leur site Internet de fils barbelés. Tout cela ne sert qu'un dessein : renvoyer le sort des Palestiniens à l'extermination des juifs d'Europe. On est ici dans une totale schizophrénie, où la campagne BDS tout en se défendant de tout antisémitisme, cultive insidieusement "l'enseignement du mépris" de l'Etat juif et de ses citoyens. Ainsi, selon la campagne BDS, il y aurait 7 millions d'Israéliens-coupables qui opprimeraient 11 millions de Palestiniens-victimes obligés de vivre (y compris les Palestiniens de l'étranger) "une ségrégation quotidienne". En revanche, pas un reproche, pas une ligne, pas un mot sur le Hamas, le Hezbollah, la Syrie ou l'Iran, qui n'admettent toujours pas l'existence d'un Etat différent au cœur du Moyen-Orient. Si une telle campagne discriminatoire à l'égard de tout un pays devait prendre, il en serait fini de toute possibilité de vivre-ensemble. En effet, pourquoi boycotter les Israéliens et ne pas boycotter les Russes pour les exactions en Tchétchénie et en Géorgie, les Américains pour la prison de Guantanamo et les occupations de l'Irak et de l'Afghanistan, les Iraniens pour les répressions faites aux femmes et aux homosexuels, les Chinois pour l'occupation du Tibet et les Français pour la rétention et l'expulsion des mineurs étrangers. La défense d'un peuple et de son droit à l'autodétermination doit pouvoir se passer de la provocation à la haine et à la discrimination d'un autre peuple. Si les pro-Palestiniens souhaitent encourager la paix dans cette région, ils ne devraient pas inciter les Français à discriminer les Israéliens ou "à soutenir des institutions (…) palestiniennes, sans exiger en retour qu'elles développent un partenariat avec des organisations israéliennes". Au contraire, nous devrions promouvoir toutes les initiatives qui permettent aux Israéliens et aux Palestiniens de renouer le dialogue, de vivre, de produire et de créer ensemble, en Israël, en Palestine et dans le monde. A défaut, les boycotteurs auront gagné, mais l'humanité sera anéantie. Michaël Ghnassia, avocat au barreau de Paris.

 

'Boycott, désinvestissement, sanctions', une campagne pour la justice"

Par Ivar Ekeland, Annick Coupé, Nahla Chahal et Michèle Sibony

Pour la Campagne Boycott désinvestissement Sanctions (BDS) à l'égard d'Israël, l'heure est semble-t-il en France à la criminalisation et aux attaques diffamatoires. La tribune publiée par Me Michaël Ghnassia sur Le Monde.fr du 24 mars n'en est qu'un exemple. La rhétorique déployée par ce dernier renvoie un geste citoyen pour obtenir l'application du droit international, le boycott, à une "hérésie morale". Le boycott a pourtant une histoire en forme d'arme des sans-armes, que Me Ghnassia semble bien oublier : boycott des bus de Montgomery en 1955 à l'appel de Martin Luther King, boycott de l'Afrique du Sud contre l'apartheid à la fin des années 1970… A une échelle plus modeste, en janvier 2001, des ouvriers de Calais et Ris-Orangis menacés de licenciements appelaient à boycotter leur propre compagnie, Danone.

Aujourd'hui, la Campagne internationale BDS, dont des dizaines d'associations, de syndicats et de partis politiques sont signataires, relaie l'appel de la société civile palestinienne lancé en 2005, enjoignant aux "hommes et femmes de conscience du monde entier [d']imposer de larges boycotts et [de] mettre en application des initiatives de retrait d'investissements contre Israël tels que ceux appliqués à l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid". Un appel repris depuis en France et dans le monde, et qui s'inscrit d'abord dans un contexte politique dont Me Ghnassia ne saurait ignorer les derniers développements les plus tragiques : lorsqu'Israël proclame il y a trois semaines la construction de 1 600 logements supplémentaires à Jérusalem-Est, continuant ainsi à coloniser et à expulser des familles palestiniennes, il s'agit d'une violation totale de la résolution onusienne 242. Le rapport de la commission Goldstone, accusant Israël de "crimes de guerre" et de possibles "crimes contre l'humanité" lors de la guerre contre Gaza en janvier 2009, et qui a fait plus de 1 400 morts palestiniens, a été adopté par le Conseil des droits de l'homme et l'Assemblée générale de l'ONU, sans que pourtant rien ne soit fait par les grandes institutions internationales pour mettre fin au blocus imposé à l'ensemble de la bande de Gaza.

Or toute l'essence et l'éthique de la Campagne BDS se situe à ce point précis : à l'heure où ni la communauté internationale, ni l'Union européenne et encore moins la France, ne jouent leurs rôles dans l'application des résolutions internationales votées par l'ONU, il s'agit bien de construire un mouvement citoyen, "par le bas", exerçant des pressions économiques et politiques sur Israël afin qu'il applique les résolutions votées par les Nations unies. C'est cela, la Campagne BDS, et rien que cela : l'exigence du droit, et de tout le droit, à l'heure où les puissances internationales abandonnent justement ces "sans-droits" que sont aujourd'hui les Palestiniens.

Michaël Ghnassia écrit à juste titre que "la justice des hommes s'est construite sur ce principe de la responsabilité individuelle, qui est aujourd'hui un droit fondamental à valeur constitutionnelle, consacré par la Déclaration des droits de l'homme et l'ensemble des conventions internationales". Or c'est justement à cette notion de responsabilité individuelle que nous appelons. Responsabilité individuelle de citoyens, qui s'interrogent sur les Accords d'associations entre Israël et l'Union européenne qui ne valent, comme l'indique leur article 2, que si Israël "respecte les droits de l'homme". Responsabilité de consommateurs également : lorsque l'entreprise israélienne Agrexco/Carmel, exportant fleurs, fruits et légumes, compte s'installer dans le port de Sète, nous sommes en droit de dénoncer le fait que cette entreprise exporte 70 % des productions des colonies israéliennes installées dans les territoires de Cisjordanie (en toute illégalité, selon les normes du droit international), et de refuser d'en consommer les produits.

Me Michaël Ghnassia écrit encore que "l'objet de cette campagne-propagande n'a finalement pour but que de réduire une nation, composée d'individus aux opinions et aux engagements aussi différents que ceux qui peuvent exister en France, en un unique ennemi désincarné et sans humanité : l''Israélien' ou le 'sioniste'". Or, faut-il aussi le rappeler, la campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions, lancée à l'initiative d'acteurs politiques, syndicaux et associatifs palestiniens, a été reprise et soutenue en Israël même par des mouvements pacifistes et anticolonialistes israéliens, qui, comme la Coalition des femmes pour la paix alimente depuis quelques années un site nommé "A qui profite l'occupation" (Who Profit from the Occupation?), permet de cibler les entreprises israéliennes et étrangères impliquées dans la colonisation. C'est cela qu'omet de dire Me Michaël Ghnassia : la Campagne BDS n'a justement aucune couleur confessionnelle. Elle s'étend de la société civile palestinienne aux mouvements anticolonialistes israéliens, des syndicats britanniques au Conseil des étudiants de Berkeley (Californie) demandant à leur université de se désinvestir de sociétés américaines impliquées dans la fabrication d'armes israéliennes. C'est peut-être ce caractère pluriel, internationalisé et antiraciste de la Campagne BDS qui fait peur aujourd'hui à un gouvernement israélien dans lequel l'extrême droite tient plusieurs ministères, dont celui des affaires étrangères. Et qui explique le déferlement de dénégations et de mensonges à l'encontre d'une campagne internationale de boycott n'ayant qu'un seul objectif reconnu : l'application du droit.

Signataires :

Ivar Ekeland est ancien président de l'université Paris-Dauphine et président de l'Aurdip (Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine),

Annick Coupé est porte-parole de Solidaires,

Nahla Chahal est coordinatrice de la Campagne civile pour la protection du peuple palestinien,

Michèle Sibony est co-présidente de l'Union juive française pour la paix,

tous sont membres de la Campagne BDS France.

Par fred
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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 23:44

Le figaro date 20 10/2010

À Jérusalem, la nouvelle génération de lanceurs de pierres est composée de garçons d'une dizaine d'années. 

La photo où il voltige au-dessus du capot de la voiture d'un colon qui vient de le percuter a fait le tour du monde. Le 8 octobre dernier, Iyad Geiht, un garçonnet palestinien de 11 ans, attaque avec une bande de gamins de son âge des voitures israéliennes dans le quartier de Silwan, à Jérusalem-Est. Pris sous les jets de pierres, David Beeri, le directeur d'une organisation de colons du quartier, accélère et renverse deux des enfants, Iyad et Imran Mansour, 12 ans. Le lendemain, à peine sorti de l'hôpital avec quelques contusions, Iyad Geiht voit défiler dans sa chambre tous ses voisins, mais aussi des équipes de télévision et des journalistes du monde entier. Ce garçon fluet, qui se tortille timidement sur le canapé à fleurs du salon familial, est devenu l'un des nouveaux acteurs du drame israélo-palestinien.

Depuis plusieurs mois, les incidents qui se multiplient à Silwan n'impliquent plus seulement des adultes ou des adolescents, mais des enfants. Souvent âgés d'à peine dix ans ces gavroches caillassent les véhicules dans les rues escarpées du quartier. Cette guérilla enfantine d'un genre nouveau pose un problème inédit à la police israélienne qui ne peut guère emprisonner des garçonnets.

Une semaine après l'incident, Iyad Geiht est convoqué avec son père au siège de la police à Jérusalem. «Ils m'ont montré les photos, et m'ont demandé pourquoi j'avais mon tee-shirt sur mon visage et pourquoi je lançais des pierres», raconte le garçon. «J'ai dit que c'était bien moi, mais je n'étais pas masqué et que je n'avais pas lancé de pierres.»

«Ils m'ont demandé qui étaient les jeunes qui étaient avec moi, mais j'ai répondu que je ne les connaissais pas.»

La police demande au père, Alah Geiht, de verser une caution pour pouvoir repartir avec son fils. «J'ai dit que je n'avais pas d'argent, et qu'ils pouvaient garder l'enfant.» La police laisse finalement le duo rentrer à la maison.

Cette intifada des enfants se déroule dans l'un des secteurs les plus volatils de Jérusalem-Est.

 

Intifada enfantine 

Silwan est un ravin étroit, coincé entre les remparts de la Vieille Ville et le mont des Oliviers. Dans ce fouillis de maisons accrochées aux pentes du vallon, 60.000 Palestiniens se heurtent régulièrement à quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans les bâtiments qu'ils occupent au beau milieu du quartier. L'organisation de colons Elad, que dirige David Beeri, mène parallèlement des fouilles hautement politiques visant à exhumer les vestiges de la Jérusalem davidique, et une politique active de colonisation, en rachetant des maisons palestiniennes et en y installant des familles juives. Les heurts entre les habitants palestiniens et les gardes de sécurité qui protègent ces colons font régulièrement des blessés, parfois même des morts comme au début de ce mois. Le projet d'Elad, soutenu par la municipalité de Jérusalem, vise à étendre le site touristique de la Cité de David en transformant le fond du vallon en parc archéologique, détruisant des maisons palestiniennes.

«Nous sommes des habitants de Jérusalem, nous payons nos impôts locaux, mais la municipalité ne s'occupe pas de nous », explique le père d'Iyad. «Notre argent sert à financer les colons, qui bénéficient de tous les services publics, le ramassage des ordures, le tout-à-l'égout. Nous, nous n'avons rien», poursuit-il. «Nos enfants n'ont aucun endroit où aller, ils vont jouer au foot dans le fond du vallon, et là, les incidents commencent. Je ne peux pas garder mon fils à la maison.»

Les enfants ont pris le relais des pères et des grands frères. Sans chefs ni programme politique, l'intifada est pour eux un jeu, plus dangereux que les autres.

«La semaine dernière, il y a eu un débat à la Knesset, l'assemblée israélienne », dit le père d'Iyad. « Un député a déclaré qu'il ne devait y avoir d'impunité pour personne. Même pas pour les enfants. Un autre a suggéré que les parents des gamins qui lancent les pierres soient tenus pour responsables. Alors que colon qui a renversé mon fils n'a même pas été arrêté par la police.»

Selon les habitants palestiniens de Silwan, la police vient presque chaque nuit visiter des maisons. Ils enfoncent la porte, et arrêtent des enfants. «Je reste tout habillé chaque nuit, pour être prêt au cas où ils viendraient», continue le père d'Iyad. «J'ai déjà été arrêté, quand j'avais 17 ans. J'étais terrifié. Mais ces petits ne sont pas comme nous, ils n'ont pas peur.»

Alah Geiht se défend de toute incitation à la violence. «Ils agissent tout seuls. Aucun père n'irait envoyer un petit jeter des pierres. Ils rentrent de l'école, se heurtent à la police, et voilà.»

Le cousin d'Iyad, Baha Rajbi, 12 ans, a l'air à peine plus âgé que lui dans ses culottes courtes. D'une petite voix, il admet jeter des pierres. «On se divise en groupes, il y a des guetteurs qui avertissent les autres quand la police arrive», raconte-t-il. «Quand j'ai été arrêté il y a une semaine, ils m'ont remonté mon tee-shirt sur le visage et lié les mains. J'avais peur. Je pensais qu'ils allaient me battre. Mais ils m'ont juste interrogé, et ont pris ma photo et mes empreintes digitales. Le soir, ils ont appelé mon père et m'ont laissé repartir.»

Par fred
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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 23:59

Extrait du Nouvel Obs date 17/04/2010

 

Entrés en vigueur de deux « ordres » des Forces de défense d'Israël ( n°1649 et n°1650) qui, selon les organisations israéliennes de défense des droits de l'homme, ouvrent la voie à l'expulsion possible de Cisjordanie de plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens.

Fondés sur des dispositions adoptées en 1969, pour réprimer l'infiltration en Israël de Palestiniens soupçonnés de terrorisme, en provenance des pays ennemis voisins (Jordanie, Egypte, Liban,Syrie), ces deux ordres, signés en réalité, discrètement, le 13 octobre dernier par le général Gadi Shamni, alors commandant des forces israéliennes en Cisjordanie, ont pour effet pratique de transformer en « infiltrés » tous les Palestiniens qui se trouvent en Cisjordanie sans posséder un permis - délivré par l'armée - les autorisant à y résider ou séjourner.

L'accusation « d'infiltration » relevant de l'atteinte criminelle à la sécurité d'Israël, les « suspects » ne seront plus jugés comme de simples « immigrants illégaux » par les tribunaux civils mais déférés aux tribunaux militaires, ce qui les expose à des peines de prison de trois à sept ans, à de lourdes amendes, voire à l'expulsion pure et simple du territoire.  

Qui est visé par ces ordres ? Tous les résidents de Cisjordanie ou presque. Sont plus immédiatement menacés ceux qui possèdent une carte d'identité portant une adresse dans la bande de Gaza, ceux qui sont nés en Cisjordanie mais qui pour diverses raisons (études, affaires, réunion de famille) ont séjourné longtemps à l'étranger, les résidents de Jerusalem-Est contrôlés en Cisjordanie, et les conjoints étrangers de Palestiniens ou Palestiniennes de Cisjordanie. Pourront aussi être visés les Palestiniens de Cisjordanie qui vivent à proximité du mur et de la barrière de séparation et qui doivent détenir un permis spécial - même s'ils sont nés là - pour résider dans cette zone jugée « sensible » par l'armée.

Une négligence dans le renouvellement du document où un refus de l'armée les exposera du jour au lendemain à la prison ou à l'expulsion vers un pays voisin. L'armée - qui  délivre ou non les permis - étant simultanément chargée de juger les contrevenants, les organisations de défense des droits de l'homme redoutent que les juges militaires confrontés à des « infiltrés » soient beaucoup plus intransigeants que les magistrats civils à qui il arrivait parfois de tenir compte de considérations humanitaires notamment dans les cas de regroupement familial. S'ajoutant aux multiples contrôles, harcèlements bureaucratiques et humiliations diverses qui font le quotidien des habitants de la Cisjordanie, ces mesures ont été accueillies avec un sentiment de révolte d'autant plus grand qu'elles ne s'appliquent évidemment pas aux 500 000 israéliens qui vivent dans les colonies de Cisjordanie et de la périphérie de Jerusalem.

L'entrée en vigueur de ces deux ordres militaires, au moment même où Hillary Clinton salue « l'efficacité et l'engagement des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne » et où la Banque mondiale, constate, dans un rapport de 31 pages, les « progrès constants » accomplis par l'Autorité palestinienne en matière de sécurité et de construction de ses institutions a provoqué une violente réaction du principal négociateur palestinien.

 Au cours d'un entretien avec des journalistes, mercredi à Ramallah, Saëb Erakat, a dénoncé un « système d'apartheid » et « l'aveuglement politique de Netanyahou » qui a choisi, selon lui, « les colons contre la paix ». Les responsables de l'Autorité palestinienne, comme les organisations de défense des droits de l'homme relèvent par ailleurs que ces deux ordres militaires violent clairement la Quatrième Convention de Genève qui interdit à une puissance occupante de chasser de leurs foyers les civils placés de fait sous son contrôle.

 

Par fred
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Lundi 18 octobre 2010 1 18 /10 /Oct /2010 11:41

Le taux des abandons scolaires des Palestiniens d’Israël est quasiment le double de celui des juifs.

Exprimant son soutien au projet de loi controversé sur le serment à la loyauté - une législation qui va exiger de tout non-juif qu’il prête serment d’allégeance à Israël « en tant qu’Etat juif et démocratique » -, Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, a dit : « Le sionisme a créé un Etat national exemplaire, un Etat qui garde l’équilibre entre les besoins nationaux de notre peuple et les droits individuels de chaque citoyen du pays ».
Mais un coup d’œil sur le système éducatif israélien nous offre une image bien différente.

Rawia Aburabia, avocate de l’ACRI (Association pour les droits civils en Israël) relève que les écoles fréquentées par les citoyens palestiniens d’Israël manquent de « 9 000 classes, 300 fonctionnaires (pour renforcer l’assistance scolaire), 200 psychologues et 250 conseillers pédagogiques ».

En conséquence, le pourcentage des abandons chez les citoyens palestiniens d’Israël est quasiment le double de celui chez les juifs. Les classes dans le système scolaire arabe ont également plus d’élèves que celles fréquentées par les juifs - cela veut dire un temps d’instruction plus réduit par étudiant, plus de problèmes de discipline et un taux plus faible de réussite.

« Dans le Néguev, la situation est catastrophique, » dit Aburabia. « Il y a 37 villages (bédouins) non reconnus, sans lycées, et tout juste avec des écoles primaires. 80 000 personnes vivent dans ces villages. »

Là, le taux des abandons dépasse les 40%, en partie, explique Aburabia, « parce que pour aller au lycée, il leur faut marcher pendant des kilomètres avant de rejoindre la route nationale. »

Confrontés à des obstacles énormes pour s’instruire, les Bédouins ne se sont que 2% à aller à l’université. Selon un rapport publié par Sikkuy, une ONG arabo-juive qui milite pour l’égalité, il n’en va guère mieux pour la population arabe d’Israël prise globalement : un peu plus de 3% entrent à l’université, à comparer aux 9% de juifs.

Si Israël était effectivement un Etat où tous les citoyens étaient traités à égalité, dit Aburabia, « Je ne pense pas qu’il me faudrait aller devant la Haute Cour de justice pour demander que le ministère de l’Education comble l’écart des 9 000 classes. »

Le gouvernement israélien est bien conscient des disparités énormes entre les deux systèmes scolaires, dit Yousef Jabareen, directeur du Centre arabe pour le droit et la politique, Dirasat.

« Une grande partie des statistiques émanent du gouvernement lui-même » dit Jabareen.

Et il y a plus de dix ans, Zvi Zameret a rédigé un rapport gouvernemental détaillant les nombreux décalages entre les écoles arabes et les écoles juives. « La qualité moyenne de l’enseignement dans le secteur arabe israélien est plus faible que dans la plupart des écoles juives, » y écrivait-il.

Zamaret continuait : « Les ressources allouées à l’éducation arabe ne répondent pas à la croissance de la population. Les écoles arabes - plus que tout autre secteur de l’éducation - souffrent d’un manque de salles de classe et de salles de mauvaise qualité. »

Dans le rapport, Zameret le reconnaissait, « il existe une disparité entre le système d’éducation arabe et le système d’éducation juif. »

Mais plus de dix ans plus tard, les mêmes écarts perdurent. Et Zameret, aujourd’hui président du secrétariat pédagogique, va de l’avant avec un projet de révision des manuels civiques, qui vise à faire retirer des phrases comme : « Depuis sa création, l’Etat d’Israël s’est engagé dans une politique de discrimination contre les citoyens arabes. »

Que l’Etat, à la fois, admette les problèmes qui harcèlent le système éducatif arabe et les ignore, crée « un sentiment de frustration et de désespoir », dit Jabareen.

Autre sujet de confrontation, les zones de priorité nationale (NPA) à propos desquelles Jabareen note : « Si cela n’est pas clairement une discrimination sur la base ethnique, alors je ne sais vraiment pas ce qu’est la discrimination ».

Connue sous le nom de carte des priorités nationales, et établie en 1998, elle retient 533 villes et villages pour des incitations économiques et éducatives. Bien que les citoyens palestiniens d’Israël représentent 20% de la population - et qu’ils soient surreprésentés dans les niveaux socio-économiques les plus bas -, sur les 533 NPA, il n’y a que 4 villages arabes.

Profondément préoccupés à propos de l’impact de ces NPA sur le financement de l’éducation, Adalah - organisation des droits de l’homme et centre de conseils juridiques pour les Palestiniens vivant à l’intérieur de la Ligne verte, comme dans les Territoires occupés - a traduit l’Etat d’Israël devant les tribunaux. En 2006, un jury de sept juges de la Cour suprême a décidé que les NPA constituaient une discrimination illégale et ordonné que l’Etat les modifie.

Mais non seulement l’Etat a circonvenu à la décision de la Haute Cour, mais il a étendu la carte des priorités nationales à six colonies illégales de Cisjordanie. Les colons juifs représentent à peine la moitié des citoyens palestiniens d’Israël. Et en général, ils sont plus riches.

S’agissant des écarts entre les systèmes éducatifs juifs et arabes d’Israël, Gabi Salomon, professeur à l’université de Haïfa et co-directeur de Sikkuy, remarque : « Je ne pense pas qu’il y ait la moindre mauvaise intention derrière cela. »

La négligence, explique Salomon, vient que l’on considère les citoyens palestiniens d’Israël « comme une cinquième colonne potentielle à laquelle on ne peut faire trop confiance et sur laquelle on ne peut guère compter ».

Ainsi, de nombreux Israéliens juifs pensent qu’« il n’y a aucune nécessité absolue à partager les revenus fiscaux avec eux, » dit Salomon. « Le sentiment, c’est, "pourquoi auraient-ils besoin de tout ce dont les juifs ont  besoin ?" ».

Ce sentiment est net à la fois s’agissant de la répartition inégale des allocations que de l’attitude à l’égard des  élèves.

Un récent sondage réalisé par un professeur de l’université de Tel Aviv, Camil Fuchs, révèle que 50% des adolescents juifs ne veulent pas d’Arabes dans leurs classes. Et alors que près des deux tiers des personnes interrogées reconnaissent que les citoyens palestiniens d’Israël n’ont pas des droits égaux, 59% n’y voient aucun inconvénient.

Les écarts sont aussi perpétués par le fait que les citoyens palestiniens d’Israël ne sont pas représentés au ministère de l’Education. Même le directeur de l’éducation arabe et islamique est juif.

« Une représentation juste est très importante pour protéger les intérêts de la minorité, » dit Sawsan Zaher, avocat d’Adalah. « Et il n’y a pratiquement aucun professionnel arabe dans le processus de prise de décisions. »

Zaher ajoute qui ceux qui aspirent à entrer dans les effectifs du ministère de l’Education doivent être porteurs d’une certaine idéologie. Par exemple, Adalah a récemment appris que « des valeurs positives envers l’Etat juif » étaient l’une des exigences requises pour obtenir un poste de statut supérieur.

Pour Zaher, un tel critère montre l’existence d’une sorte de « police de la pensée ».

Dans le passé, le ministère de l’Education a aussi effectué des enquêtes sécurité sur les Arabes qui postulaient à des emplois de proviseurs.

Après contestation d’Adalah devant la Haute Cour, celle-ci a décidé d’annuler cette politique de bas niveau. « Mais je suis conscient que, officieusement, ils poursuivent leurs enquêtes, » dit Zaher, ajoutant : « Vous ne pouvez devenir proviseur que si vous êtes conforme à la mentalité et à la politique de l’Etat. »

« Finalement, tout est lié à (l’idée d’Israël comme) l’Etat juif, » réfléchit Zaher. « Vous ne pouvez rien apprendre sur la Nakba, parce c’est un Etat juif. Vous n’obtenez pas de financement parce que vous n’êtes pas juif. Vous n’êtes nommés que si vous êtes loyal envers l’Etat. »

13 octobre 2010 - Mya Guarnieri - Al Jazeera - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=9553

Par fred
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